La tradition artistique des Batignolles

Un quartier plus rapin que rupin

C’est le cadre encore champêtre des Batignolles que choisissent nombre d’artistes, en particulier les peintres que l’on nommera impressionnistes, pour se loger et travailler. Bien que l’octroi et la barrière de Clichy aient été supprimés, la vie y est bon marché, l’air plus léger qu’à Paris… et les guinguettes nombreuses. D’où une concentration d’ateliers d’artistes de part et d’autre de l’avenue et de la Place de Clichy.

Les ateliers des impressionnistes

Au 15, rue Hégesippe Moreau (XVIIIe arrondissement), la toujours bien vivante Villa des Arts, où plusieurs peintres célèbres ont travaillé dont Renoir de 1892 à 1896.

Mais, en 1890, Renoir donnait l’adresse de son atelier dans une autre Villa des Arts : 15 impasse Hélène, où travailleront aussi Eugène Carrière, peintre et graveur et J. Russel.

Renoir, encore, au 9 rue La Condamine (alors rue de la Paix) où il loge et partage son atelier avec Monet et Sisley ; atelier immortalisé par Fantin-Latour et Bazille qui y travailleront aussi.

À la même époque, Signac habite 20 avenue de Clichy, L. Anquetin au 86 ; Georges Jeannin et son fils Maurice, tous les deux peintres, sont au 32 rue des Dames ; Sisley est propriétaire d’une maison 27 Cité des Fleurs et Manet a un atelier 34 boulevard des Batignolles. Celui de Toulouse-Lautrec n’est pas loin : 27 rue Caulaincourt.

Tous achètent pinceaux, peintures et vernis chez Hennequin, 11 Grande rue des Batignolles (9 avenue de Clichy), sympathique droguerie dont la propriétaire actuelle est la descendante directe du fournisseur des impressionnistes.

Le quartier des « Tivoli »

Presque tous les impressionnistes ont peint le Café Guerbois et le Cabaret du Père Lathuille où ils refaisaient le monde avec leurs amis poètes et essayistes.

Le plus ancien est le Père Lathuille (7, avenue de Clichy) créé en 1760 et où le Maréchal Moncey avait établi son PC en 1814. La Taverne était devenue en 1880 un restaurant élégant avec des bosquets. Là est maintenant le Cinéma des Cinéastes.

À côté, au 11 Grande rue des Batignolles, un immense établissement, le Café Guerbois. S’y réunit, tous les vendredis soir, un essaim de jeunes artistes auxquels viennent souvent se joindre, entre autres, Nadar et Zola. Providence des rapins, le Grand Bouillon ou Restaurant du chalet, au 43 avenue de Clichy (emplacement du Monoprix !) propose ses gratinées mais aussi ses murs pour des expositions (notamment Van Gogh et Lautrec à l’hiver 1887-1888).

Quelques souvenirs littéraires

Zola habite une maison au fond d’un jardin 14, rue La Condamine. Le 1er titre choisi pour « L’Assommoir » sera Roman ouvrier-Le roman des Batignolles, mais dans le quartier c’est la tranchée des chemins de fer de l’ouest et les locomotives qui vont l’inspirer pour La Bête Humaine. Guy de Maupassant réside rue Dulong quand il écrit Bel Ami dont le héros, Georges Duroy, vit rue Boursault. Barrès habite rue Legendre, puis rue Caroline.

Une plaque au 26 rue Lécluse perpétue le souvenir de Paul Verlaine dont le roman Louise Leclercq décrit le caractère encore petit-bourgeois des Batignolles.

Simenon vécut chichement sa première année parisienne dans une mansarde de la rue Lécluse.

À notre connaissance pas de musiciens de renom aux Batignolles : Chabrier, Gounod, Debussy, Fauré…ont préféré (et pu !) habiter le « beau 17e ». Cependant, Berlioz a vécu rue Boursault. Et l’on aurait garde d’oublier Jacques Brel, Cité Lemercier, et Barbara rue Brochant.

Les spectacles

En 1838 est construit boulevard des Batignolles le Théâtre des Arts devenu Hébertot en 1940. Il existait rue Lemercier un Théâtre de banlieue, Les Batignolles. Au théâtre Moncey, 50 avenue de Clichy, on a donné en 1864 L’Alceste de Glück. C’est devenu plus tard le Théâtre des Pitoëff avant qu’Edith Piaf s’y produise en 1944. Toujours en activité, l’Européen a vue défiler de prestigieux artistes dont Fréhel, Piaf… Le cinéma est à son apogée dans les années 1930 : 7 salles dans le quartier.

Guinches, gigolpinces…et nuits de prince

Il y avait bal chaque premier dimanche après le 15 août sur la Place de la Promenade au chevet de l’église Ste Marie des Batignolles : la grande fête du quartier.

Parmi les guinguettes et dancings, La Grande roue aux Batignolles près de la Place de Clichy fait l’unanimité. Au Bal du Petit Jardin, on a vu guincher Papillon et les vrais du milieu. Mais au milieu du XXe siècle c’est du côté de la Place et du boulevard de Clichy que se situe Le point fort du plaisir, Céline et Millet en témoignent.

Au début des années 20 c’est la mode russe-blanche ! – Un ancien banquier russe ouvre, 12 avenue de Clichy, le Kazbek, le cabaret le plus cher et le plus snob de Paris, décoré de tapis persans et d’argenterie orientale que son propriétaire a réussis à sortir de Russie.

  

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